« L’apprentissage est menacé »

« L’apprentissage est menacé »

© Michel Pérès Stéphanie Pernod-Beaudon, entourée d'élus régionaux et de représentants des partenaires de l'apprentissage lors de la conférence de presse du 19 janvier 2018

Alors que le gouvernement prépare une réforme de l’apprentissage, la Région Auvergne-Rhône-Alpes tire la sonnette d'alarme. Explications avec Stéphanie Pernod-Beaudon, vice-présidente déléguée à la formation professionnelle et à l’apprentissage

  • Le gouvernement a lancé une réforme nationale de l’apprentissage. Vous semblez à la fois déçue et inquiète pourquoi ?

L’apprentissage constitue une voie d’excellence de formation et d’insertion professionnelle des jeunes, et à ce titre mériterait une véritable reconnaissance. La France sortirait enfin des clichés et on arrêterait d’orienter tous les élèves vers des formations intellectuelles. Les formations manuelles sont tout autant nobles !Le gouvernement nous a annoncé une grande réforme, mais ce qui se dessine est une réformette ! Elle se limite pour le moment à transférer les fonds de la taxe professionnelle gérées aujourd’hui par les Régions vers les branches professionnelles. Le gouvernement semble ignorer ce qui se passe sur le terrain et le rôle des Régions en matière d’apprentissage. Recentraliser cette compétence serait une régression terrible.

  • En quoi est-ce une menace ?

Aujourd’hui, la Région est garante d’une péréquation juste et équitable entre tous les CFA et assure le financement de ceux qui ne récoltent pas assez de taxe du fait même de leur profession. En Auvergne-Rhône-Alpes, elle finance 52 CFA sur 83 à plus de 50 %. Qu’en sera-t-il demain ?
Toutes les branches professionnelles n’auront pas la capacité de financement nécessaire. Ce qui serait éventuellement possible par exemple pour la métallurgie, une filière industrielle organisée et concentrée, ne l’est pas pour la coiffure par exemple, ou encore pour l’agriculture, secteurs où la collecte de la taxe professionnelle s’avère beaucoup plus complexe car disséminée entre de très nombreuses entreprises.

  • Comment sont décidées aujourd’hui l’ouverture ou la fermeture de classe d’apprentissage ?

Jusqu’ici, ce sont les Régions qui, en concertation avec les branches professionnelles, l’Education nationale et le ministère de l’agriculture, décidaient de la carte des formations sur leurs territoire. Cela permet d’assurer un équilibre en termes d’aménagement du territoire, en fonction des besoins des entreprises à l’échelle des bassins d’emplois mais aussi en fonction des lieux de résidence des jeunes.
Avec cette réforme, qui se chargera d’assurer la présence de CFA dans tous les départements de notre région afin de permettre aux jeunes de s’orienter au plus près de leur domicile ? Le risque, c’est de voir fermer des CFA dans les zones rurales car effectivement cela coûte plus cher en fonctionnement…. L’offre de formation et la diversité des métiers proposées risquent donc de se réduire, voir même de disparaitre par exemple pour les métiers d’art !

  • Quels sont les autres actions financées par la Région et qui sont aujourd’hui mises à mal ?

Effectivement les Régions mènent depuis 25 ans un travail de fond : nous finançons par exemple des développeurs d’apprentissage dans certaines filières pour recenser les besoins des entreprises et faire émerger des contrats d’apprentissage. Il existe aussi des moyens qui sont consacrés au logement des apprentis ou encore à leurs frais de déplacement. Par ailleurs, nous finançons une bourse du premier équipement professionnelle car cela pèserait trop lourd sur le budget familial. Nous accompagnons aussi des projets de mobilité internationale pour que nos jeunes apprentis puissent acquérir une expérience à l’étranger...
La Région Auvergne-Rhône-Alpes a fait le choix volontariste d’accorder aux apprentis des aides financières allant de 1 700€ à 3 500€ par an. Quelle autre entité qu’une collectivité, avec une mission de service public ajoutée à une volonté politique affirmée, assumera de telles charges sur ses fonds propres ? En Auvergne-Rhône-Alpes c’est un effort annuel de 15M€ sur notre budget propre !

  • À ce stade de la réforme, que peut faire la Région ?

La concertation lancée par la ministre du travail se termine le 14 Janvier 2018. Nous allons continuer à nous mobiliser et faire entendre notre voix lors du débat qui va avoir lieu à l’assemblée nationale très prochainement. Les Régions de France ont émis des propositions dans un manifeste et espèrent être entendues et confortées dans leur compétence et pourquoi pas voir élargir leurs actions sur l’orientation !

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